[Covid19] – La crise éclaire-t-elle les futurs ?

[Covid19] – La crise éclaire-t-elle les futurs ?

M. François Granier, responsable des études prospectives au sein de l’Observatoire de la FFMAS, nous partage son analyse de la crise inédite que nous traversons. Un peu de lecture en ces temps d’activité relative où le #restezchezvous est de rigueur, ne peut que nous faire du bien…

Dans les situations de crise, nos civilisations gréco-latines se référent implicitement aux analyses d’Hippocrate. Pour ce précurseur de la médecine moderne, la crise est à lire selon un double mouvement. Elle marque certes une rupture avec ce qui était en cours. Mais elle est aussi un processus qui doit déboucher sur une réponse à ce qui était voué à une impasse. Pour les praticiens, la crise est bien ce moment dangereux où tout peut basculer : mort ou salut.

La crise serait donc un moment décisif où, comme l’explicite le philosophe italien Antonio Gramsci : La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître. Elle serait cet entre-deux qui, après un temps de sidération – Comment cela a-t-il pu advenir ? -, génère peurs, angoisses, effrois. En ces moments, nos critères traditionnels de jugement ont perdu leur pertinence et nous sommes en quête de nouveaux repères. La crise serait donc moins un moment de constat qu’un temps privilégié pour en interpréter les causes.

La sémantique et la philosophie chinoise nous propose une analyse alternative. Elle est, tout comme celle à laquelle nous nous référons usuellement, dialectique. En mandarin, le mot crise se prononce « weuji ». Il s’écrit en juxtaposant deux idéogrammes. Le premier, wei, signifie « danger », il évoque un homme penché au bord d’un précipice. Le second, jihui signifie  « opportunité, occasion ».

Au regard des indiscernables conséquences de la crise sanitaire qui advient, il serait très inconvenant de considérer que la transformation digitale des univers de travail serait à analyser comme une authentique crise.

Néanmoins, faisons l’hypothèse qu’elle marquera une accélération significative des processus de rupture que chacun a pu discerner dans les activités assurées par les secrétaires-assistants. Nous constaterons la disparition accélérée de pratiques ici et là bien ancrées. En écho, se confirmera l’émergence de postures professionnelles en phase avec les reconfigurations des relations de travail. Il s’agit de celles que les secrétaires-assistants ont avec leurs collègues mais plus que jamais de celles nouées avec les bénéficiaires de leurs activités : citoyens, clients, fournisseurs,…

Pour se préparer à un temps d’après-crise encore indiscernable, prenons le pari de privilégier trois postures.

D’abord, celle de veille. L’analyse des données qui sont déjà la matière première de notre siècle implique un regard critique. C’est donc en termes de « Pourquoi cela  …? » que les faits seront à ausculter. Le « Comment faire ? » adviendra après, et de plus en plus souvent, un temps d’intelligence collective.

Ensuite, c’est la créativité qui sera l’un des critères majeurs de la pertinence des emplois de secrétaires-assistants. Les activités standardisées seront toujours plus massivement dévolues à des systèmes experts guidés par l’IA qu’il convient plus justement de désigner, comme nous le propose Joël de Rosnay, par : intelligence augmentée.

Enfin, l’écoute de l’interlocuteur et l’attention à sa singularité feront toute la différence tant dans les entreprises que dans les services publics. Les réponses stéréotypées, qu’elles soient émises par des individus ou par des robots, seront de moins en admises.

Ce triple challenge pourra effrayer voire tétaniser certains. Il doit au contraire nous aider à construire des demains plus respectueux de la nécessaire articulation de nos vies professionnelle, sociale et personnelle.

François Granier  –  CNRS-CNAM / LISE
(Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique)

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